*
La lumière animait leurs yeux. Et les étoiles se faisaient ressentir plus que jamais. Provoquant alors l'hystérie la plus totale dans cette grande salle. La plongeant dans un feu immense. Plus brûlant que le soleil. Soixante quinze mille personnes. Les cris fusaient. Les pleurs aussi. Bill se déchirait la voix. A crier dans son micro pour pouvoir couvrir les hurlements des fans en furie. Un sourire béat accroché aux lèvres. Un enfant devant son cadeau de Noël. Bien pire encore. Il touchait les mains des filles au premier rang et leur parlait de temps en temps. Il s'assurait que tout allait bien. Pour elles. Pour lui. Pour eux. Il allait et venait à travers la scène. Rigolant avec Georg sur quelques pancartes visibles. Allant trouver Tom pour jouer le jeu du " j'te-colle-autant-que-j'veux-et-ça-m'amuse ". Se postant devant Gustav pour lui faire des grimaces à deux balles. Il avait la pêche. Eux aussi. Le guitariste lançait des sourires moqueurs et des clin d'oeil au public. Fidèle à lui même. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Son jeu cachait bien des choses. Et personne ne le savait. Ne s'en doutait. Tom courait à droite à gauche , faisant bien attention à ne pas débrancher sa guitare et s'entraver dans les fils. Ce soir , Gustav souriait encore plus que les autres soirs. Comme si le poids dans son coeur s'était enfui en même temps que Chloé. Fugitif. Ce soir , Gustav tentait de penser à autre chose. Malgré la tristesse qui le tiraillait. Il se déchaînait sur sa batterie. Rage. Amour. Haine. Passion. Et bien plus encore. Il s'amusait. Et ça lui faisait énormément de bien. Georg . . . Georg , lui , se défonçait plus que jamais. Ses doigts glissaient le long des cordes de sa basse. Son sourire restait figé sur son visage.
Ce soir , ils dominaient le monde. Ils jouaient leurs tripes. Ils voulaient clôturer leur succès. Et quel succès bon Dieu . . . Des milliers , voir des millions , d'albums vendus à travers le monde. Des places de concert arrachées en à peine deux heures. Des salles combles en quelques minutes. Des fans et des groupies. Des milliers. Des millions. Des mois sur les routes. Des rires et des pleurs. Cinq ans dans les remous du showbiz. Des soirées V.I.P. à n'en plus finir. Des plateaux télé catastrophiques. De fabuleuses rencontres. Une certaine souffrance quand même. La célébrité les bouffait à grande échelle. Pourtant , ils faisaient avec. Mais ce soir c'était fini. Vraiment fini. La nostalgie envahissait peu à peu leurs coeurs. Ce soir , ils donnaient tout ce qu'ils avaient au fond d'eux. Quitte à ne plus vouloir partir. Quitte à ne plus quitter cet endroit magique. Quitte à vouloir finir leur vie ici même. Et tout de suite. Dernier concert. La fin d'un groupe. La fin d'une histoire. Le début d'une nouvelle.
Après trois rappels enflammés , les garçons quittèrent la scène sous les projecteurs encore allumés. C'était la dernière fois. Chacun , ici , dans cette salle , savait que ce concert était le dernier. Le tout dernier d'une longue et brillante vie d'artiste. Les pleurs fusaient. Les cris faisaient trembler le sol. Ils étaient plus que présents. L'euphorie parfaite. Pour un dernier soir. Parfait. Beaucoup trop parfait. lls avaient le coeur gros. Ces jeunes garçons. Chacun savait que la fin approchait à grand pas. D'immenses pas. Peu à peu , les projecteurs s'éteignaient. Les laissant alors encore brûlant d'avoir trop éclairé quatre exquises personnes. Beaucoup trop éclairés. Ou peut être pas assez. Personne n'osait le dire. Se l'avouer. C'était bel et bien fini. La salle sombrait dans le noir complet. Les gens se bousculaient. Les acclamaient plus qu'il ne fallait. Espérant qu'ils reviennent à un moment ou à un autre. Pourtant , l'espoir était bien faible. Non , ils ne reviendraient pas sur leur décision. Et dire un dernier " adieu " les pourriraient encore plus. Ils ne reviendraient pas non. Pas maintenant. Plus maintenant. Pas encore. Plus encore.
Dans leur loge , ils restaient silencieux. Préférant écouter une dernière fois ces cris stridents provenant d'une salle énorme. Le spectacle se finissait. Il était fini. Juste ce nom crié par des millions de personnes à travers le monde se faisait entendre à chaque étape. Tokio Hotel. Quelle fin atroce quand même . . . Ce nom resterait gravé dans leur mémoire. Fusion parfaite. Leur âme contre une nouvelle vie. Malgré la séparation , ils resteraient amis. Toujours ensemble. N'importe où. N'importe quand. Ils se souviendraient de ce " Wir sterben niemals aus " chanté tant de fois. Leurs chemins se sépareraient un jour ou l'autre. Mais leurs coeurs resteraient unis. A la vie à la mort. Pour toujours. Ensemble . . . Pour toute leur médiocre vie d'avenir. Ce choix, c'était leur liberté. Indépendance suprême. Extase de la célébrité. Tout plaquer. Point culminant du sommet de la fin. Leur terrible et magnifique fin. Oui , c'était fini. Et pour de bon.
Les jumeaux avaient longtemps pensé que leurs amis n'accepteraient pas cette séparation. Pourtant , ils n'en pouvaient plus. Alors à quoi bon lutter. C'était presque avec joie qu'ils se serrèrent la main , tout en se promettant d'attendre le dernier concert pour l'arrêt d'un succès immense. Rupture fatale. Fin d'un rêve. Fin d'une illusion réelle. Ils se séparaient avec le sourire. C'était bien mieux comme ça. Ils étaient bien trop fatigués pour continuer quoi que ce soit. Argument de choc. Raison valable. Personne n'avait protesté. A partir de minuit pile , ils seraient enfin libres. Pour de bon. Bien sûr , ils étaient tristes. La nostalgie faisait place dans leur corps. Mais ils n'arrivaient pas à pleurer. Comme si le rêve ne pouvait se finir. Pas une larme. Ils ne se retenaient pas . . . La réalité ne leur sautait pas aux yeux. Ou du moins , pas encore. Ils s'éclipsaient sans laisser de traces. Même si ce soir était le dernier , ils en rêveraient encore toute leur vie. Comment oublier l'inoubliable ?! Ces dernières années éprouvantes et remplient de gloire. Jamais ils ne les oublieraient. Oh non , jamais. Ils en rêveraient longtemps. Bien longtemps. Beaucoup trop longtemps. A jamais. Pour l'éternité. Leur éternité.
Le retour dans le van fût plus silencieux que d'habitude. Ils ne s'étaient pas attardés dans les loges. La fatigue les rongeait. Mais d'un côté , ils savaient que ce soir , le sommeil ne les emporterait pas. Ils savaient oui. Ce soir , ils avaient tout donné. Vraiment tout. Ils ne parlaient pas. Ils ne se parlaient pas. Tom écoutait son Ipod et Bill se recoiffait dans la vitre. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien dire. Le silence les apaisait. Malgré les coups de brosse du chanteur sur ses cheveux lisses. Malgré le son un peu trop fort du guitariste. Malgré le rythme des mains de Gustav sur ses cuisses. Malgré le claquement de doigt de Georg. Oh non , jamais ils n'oublieraient cette soirée. Cette soirée où pour la première fois , ils furent incapables de se regarder. Trop de stress. Trop de culpabilité. Trop d'amour. Trop d'amitié. Trop de peur. Trop de nostalgie. Trop de tristesse. Trop de larmes dans les yeux. Trop d'émotions. Trop de honte. Trop de gêne. Trop d'histoires. Trop de succès. Dans le fond , ils pensaient avoir tout raté. Et Dieu seul sait qu'ils ont étaient bien plus loin que leurs capacités. Ils avaient défié le monde. Ils s'étaient défiés eux même.
Leurs yeux se faisaient lourds. Et se fermaient petit à petit. Ils luttaient contre le sommeil. Et le temps passait incroyablement lentement. Comme si ce jour ne voulait pas se finir. Ils maîtrisaient le temps. Parce qu'au fond , ils regrettaient que ça se termine ainsi. Il ne fallait pas qu'ils s'endorment. Surtout pas. Il fallait rester éveillé. Jusqu'à minuit. Ils se l'étaient promis. Ils auraient bien voulu passer la nuit ensemble. A se repasser les bons souvenirs. Rire et pleurer ensemble. Mais chacun avait peur de demander quoi que ce soit. Ils étaient intimidés. Ça pouvait se comprendre aussi. Ils trouvaient ça trop gamins. Ils avaient grandis. Vite. Peut être trop à leur goût. Ils n'oublieraient jamais les jeunes enfants qu'ils étaient quand ils commencèrent. Ils auraient aimé regarder ensemble l'aiguille de l'horloge. Quand elle se poserait sur le douze. A minuit . . . Dans deux heures exactement. Minuit. Des moments inoubliables. Jamais. Jamais. Ils n'oublieraient . . . Tant de fois , ils se l'étaient dis. Jamais. Mais toute promesse n'est pas respectée. Ils verraient bien. Dans quelques années.
Dans la voiture , ils se regardaient. Sentant le temps se raccourcir à vitesse grand V. Sans rien dire ils s'observaient. Tour à tour. Se détaillant minutieusement. Ils avaient changé. Au fil du temps. Au fil des jours et des années. Cinq ans. Cinq ans que ça durait. Cinq ans à bannir de leur vie. Ne plus s'en rappeler. Pour ne pas trop souffrir. Tout était contradictoire. Ils voulaient. Mais ne voulaient pas. Ils ne se comprenaient pas eux même. Ils ne se comprendraient jamais. Ils ne pleuraient pas. Ils ne pensaient pas à leur avenir. " Leb' die Sekunde " . Surtout ce soir. Et au fur et à mesure que le van s'approchait de la maison des jumeaux , leurs coeurs se serraient considérablement. Mais aucun des garçons ne voulait le montrer. Ils se faisaient froids. Durs. Douleur secrète. Douleur transperçante. Un coup de poignard dans l'âme. Derniers instants. Le temps passait. Vite. Bien trop vite. Cinq ans qu'ils n'avaient pas vu passer. Et pourtant . . . Toute bonne chose à une fin. Ils auraient pû se prendre dans les bras. Mais ils ne le firent pas. Non. Ils avaient trop peur de passer pour des cons. Et c'était bien ça le mot. Des cons. De gros cons. En ce moment même , c'était comme si leurs coeurs n'étaient que glace. De la pierre. Froide. Glaciale. Plongés dans de l'eau affreusement gelée. Tellement gelée qu'ils en frissonnaient.
Quand la voiture se gara devant une grande maison en pierre blanche , un horrible courant d'air se fit ressentir. Un frisson épouvantable. Un frisson qui puait la fin. La fin était proche . . . Bien trop proche. Malheureusement. Ou à contraire. Ils ne se serrèrent pas la main. Ils ne se firent pas la bise. Ils ne se prirent pas dans les bras. Ils ne firent rien. Restant plantés là. Ces gros cons. Tout contact les ferait craquer. Ils le savaient. Et ils ne voulaient pas se quitter. Ils ne voulaient pas finir là. Impossible de reculer. Trop tard. Pas de temps. Plus le temps. Ils étaient tristes. Beaucoup trop tristes. Pas une larme ne coula. Pas encore. Pas pour l'instant. L'instant d'avant. L'instant d'après.
Tom descendit rapidement du van et ouvrit le portail. Il voulait que tout finisse au plus vite. Ses yeux étaient embués. Et il se pinçait les lèvres pour se retenir. Il avait mal. Tout comme ses amis. Ses meilleurs amis. A vie. Bill s'attarda un tantinet. Regardant les deux musiciens dans les yeux. Des yeux qui en disaient long. La souffrance de la séparation. Et la soif de recommencer une nouvelle vie. Peut être meilleure. Ou peut être pas. L'androgyne fit un faible sourire.
Presque hypocrite. Non , il n'avait pas envie de rigoler. Ni de sourire franchement. Il avait bien trop mal. Il voulait pleurer. Juste pleurer. Toutes les larmes de son corps. Bien pire encore. Si seulement . . . Il en avait été capable. Ils avaient du mal à s'avouer que c'était bien terminé. Ils pensaient encore se revoir le lendemain. Ils auraient pût. Mais chacun allait prendre un nouveau chemin. A deux. Ou seul. Oui , comme ils le souhaitaient. Comme ils préféraient. Plus de répétition. Plus d'enregistrements. Plus de plateaux télé. Plus d'albums. Plus de compositions foireuses. Plus de fous rires. Plus de caméras. Plus de projecteurs. Plus de fans. Plus de clips. Plus de soirées. Plus rien. Retour à l'anonymat. Sans vraiment savoir ce qui les attendait au dehors de leur barrière de sécurité. Ils allaient être libres. Pour de bon. Enfin. Comme si le succès s'était écroulé d'un seul coup. Néant total. Trou noir. Château de cartes. Cristal.
Tom attendait son frère sans rien dire. Les mains dans les poches de son sweet. Dix fois trop grand pour lui. Il était sur le pas de la porte et il regardait le sol. Douce contemplation de ses chaussures. Bill , dans le van , tortillait ses doigts dans tous les sens et mâchait son chewing-gum à la fraise , frénétiquement. Il ne savait pas trop quoi dire. Ou comment dire ce qu'il ressentait. C'était indescriptible. Bien plus que ça. Il était au bord des larmes et son menton tremblotait légèrement. Gustav le regardait. Attendrit. Ce petit frère qu'il n'avait jamais eu. Et qu'il n'aura jamais. Nostalgie envahissante. Nostalgie interminable. Personne ne parlait. Au final , Bill renonça et descendit de la voiture aux vitres teintées. Il leur fit un petit signe de la main et tenta de sourire. Rictus douloureux. Rictus fragile. Et d'un pas quelque peu nonchalant , il rejoignit sa moitié. Le dreadé lui tendit la main. Tremblement. Hésitation. Le sourire aux lèvres , Bill attrapa fermement celle ci. Les yeux brillants. Tendresse.
Derrière les vitres noires , Gustav et Georg regardaient attentivement leurs amis. Deux gosses. Deux gamins. Deux frères. Et pire encore. Bien pire encore. Les jumeaux étaient à présent collés l'un à l'autre. Et ils se regardaient dans les yeux. Se regardant longuement. Sans vraiment s'y attendre , Tom vint poser ses lèvres sur celles de son double. Elles s'effleurèrent. Frisson. Vent glacial venu de nul part. Elles se touchèrent. Timidement. Plus sauvagement. Se pressant comme jamais. Bouffée d'air frais. Férocement. Tom poussa la porte d'un main et tira son frère à l'intérieur. Sans défaire le baiser. Contact léger. Loin d'être absurde et irréfléchis. Quand les amants s'engouffrèrent dans la maison , le van démarra. Le batteur et le bassiste ne disaient rien. Ils n'étaient pas choqués. C'était . . . Presque normal. Presque anormal . . . Le trajet allait être silencieux. Bien trop silencieux.
La porte se referma et les lumières s'allumèrent. La maison était déserte. Pas un bruit. Rien. Juste peut être le tic - tac de l'horloge du salon. Le feu crépitait un tout petit peu dans la cheminée et les volets étaient impeccablement fermés. Le noir complet au dehors. Tom traînait dans la cuisine , une canette de coca à la main et un gâteau dans le bouche. Bill s'occupait de ranimer le feu. Ils étaient tout de même bien silencieux. Le retour à la réalité se faisait peu à peu. Toujours. Toujours ils se souviendraient de ce moment là. Ce moment où ils se sentaient seuls plus que jamais. Le monde autour d'eux se dissipait. Au fur et à mesure. L'usure de la célébrité les avait rendu plus vulnérable. Ils n'avaient plus envie de dormir. Tom traversait la maison. Scrutant chaque pièce de la maison. Ne les reconnaissants presque pas. Il se demandait depuis quand il n'avait pas mis les pieds dans la chambre de ses parents. Des mois. Des années. Oui , c'était bien ça. Il ne se rendait compte de rien. Dans la cuisine , Bill lisait le mot accroché sur le frigo. Ce n'était pas un mot en fait. C'était plus tout un gribouillis qu'autre chose. Saloperie. Pas un mot gentil. Juste une phrase plutôt sèche. " A ce soir ".
Quelques lettres absurbes qui pourtant comptaient énormément. Qui comptaient plus que tout. Il y a quelques années . . . Déjà . . . Il y a cinq ans , la famille était un tout. Un moyen d'oxygéner sa personne pour recommencer à vivre. C'était un échappatoire. Un moyen de survivre dans un monde qui n'en vallait pas la peine. Une bulle d'amour et de sécurité. Juste ça. De la tendresse. De l'amitié. Bien plus que ça. Elle était toujours là pour que tout aille parfaitement bien. Pour que rien ne dérape. Que la vie soit s'en doute plus vivable. Elle était là dans les meilleures moments. Comme dans les pires. Quand il fallait. Oui. La famille écrivait. Puis ils répondaient. Ils téléphonaient. Elle parlait. Longtemps. Du quotidien. Des problèmes divers et variés. Oui , elle était là pour tout et n'importe quoi. Ca allait. Seulement si elle allait bien et qu'eux aussi. Ils se rencontraient. Jamais très longtemps mais assez pour redonner le sourire. Un immense sourire. Ca faisait du bien. Tellement de bien. Puis au fil du temps , les lettres manuscrites se firent plus rares. Les coups de fils moins fréquants. Les discutions face à face inexistantes. Tout s'écroulait. Et sans vraiment s'en rendre compte , Bill et Tom creusaient un fossé entre leur famille et eux. Elle n'était plus présentes. Idem pour eux. Ils ne regrettaient pas. Mais parfois , ils en auraient eu bien besoin. De leur chez eux . . . Leur terrible chez eux . . .
Alors qu'il réfléchissait. Devant ce frigo blanc comme neige avec seulement un post-it rose saumon collé dessus , l'androgyne tourna le dos. D'un reflex humain il alla ouvrir le placard sous l'évier. Sortant alors la tasse rouge et noire dans laquelle il buvait tant de fois. Au moins , ils n'avaient pas jeté tous leurs souvenirs. Il prit une cuillère , un pot de miel trouvé sur le plan de travail et un sachet de thé aux fruits rouges. Il voulait décompresser. Ce soir , c'était le jour des adieux. Il remplit sa tasse avec de l'eau. A raz bord. Une secousse et tout se déversait sur la table. Il fit bien attention. Éviter la catastrophe. Dans tout les cas , ça aurait pû être pire. D'un geste maladroit il fit glisser le récipient le long du marbre beige. Histoire qu'il arrive jusqu'au micro onde sans rien renverser. Doucement. Tout doucement il fallait qu'il y arrive. Il pensait trop quand même. Ses membres tremblaient légèrement et sa respiration se coupait de temps en temps. La maison était bien trop calme. Il aurait mieux fait de rester là bas. Sur scène. Une dernière fois se sentir envahit par la peur et l'adrénaline. Il trouvait qu'il n'avait pas tout donné. Pourtant , c'était bien le contraire. Il s'était épuisé. Pour lui. Pour le groupe. Pour son public. Son cher public. Son plus grand amour. C'était bien pour eux qu'il passait tant de temps à travailler. S'acharner pour devenir encore plus parfait. Se battre pour prouver qu'il pouvait réussir un objectif. Il était parfait. Tout le monde le savait. Il changeait. Il grandissait. Au fur et à mesure que le groupe montait l'échelle de la gloire. Ils se trouvaient parmi les plus grands. Mais il savait bien. Il savait bien qu'il ne le méritait pas. Trahison. Désespoir. Tant de fois il avait failli abandonner. Et c'était maintenant ce soir là qu'il en prenait conscience. Oui , c'était bientôt fini.
Alors que son eau chauffait , deux mains se posèrent sur ses hanches. Ses hanches fines et fragiles. Frêles au fil du temps. Temps trop long. Temps trop loin. Temps présent et temps futur. Il se mélangeait. Tom soufflait doucement dans la nuque de son jumeau. Provoquant à celui ci des frissons exquis. Dans un soupir presque inaudible , Bill se lamentait. Ce n'était pas le bon jour appariement. Le guitariste posa son menton sur l'épaule de Bill et embrassa son cou. Tendrement. Le brun ferma les yeux. C'était trop bon. Juste une pointe d'attention et d'amour. Ça lui suffisait amplement. Pendant de longues minutes ils restèrent ainsi. Dans les bras l'un de l'autre. A savourer les secondes. Ils étaient seuls. Ils n'avaient même pas prêté attention à la sonnerie retentissante du four à micro - onde. Ils s'en foutaient éperdument.
L'heure approchait. Ils le sentaient. D'un commun accord , leur regard se tourna vers la petite pendule accrochée au dessus du frigo. L'aiguille s'aventurait dangereusement vers le douze. Ce douze si redoutait. Jamais ils n'avaient eu aussi peur. Jamais ils n'avaient été aussi nostalgique à l'approche d'une heure fatidique. Aujourd'hui , ils tremblaient de trouille. Qu'est ce que leur réserverait demain ?! Et après demain ?! Et le temps qui suivra . . . Encore et encore. Ils avaient bien cette idée. Cette idée qui leur rongeait l'esprit. Mais à quoi bon en parler à quelqu'un . . . Personne ne comprendrait. Personne ne voudrait comprendre leur besoin de bonheur . . . Ils attendraient. Ils attendraient le moment venu. Qui sait , peut être ce soir. Si jamais . . . Un bruit sonore se fit entendre. Minuit pile. Pas une seconde de plus. Ni une seconde de moins. Minuit à tout casser. Bill serra son frère dans ses bras. C'était fini. Bel et bien fini.
Ce soir , ils dominaient le monde. Ils jouaient leurs tripes. Ils voulaient clôturer leur succès. Et quel succès bon Dieu . . . Des milliers , voir des millions , d'albums vendus à travers le monde. Des places de concert arrachées en à peine deux heures. Des salles combles en quelques minutes. Des fans et des groupies. Des milliers. Des millions. Des mois sur les routes. Des rires et des pleurs. Cinq ans dans les remous du showbiz. Des soirées V.I.P. à n'en plus finir. Des plateaux télé catastrophiques. De fabuleuses rencontres. Une certaine souffrance quand même. La célébrité les bouffait à grande échelle. Pourtant , ils faisaient avec. Mais ce soir c'était fini. Vraiment fini. La nostalgie envahissait peu à peu leurs coeurs. Ce soir , ils donnaient tout ce qu'ils avaient au fond d'eux. Quitte à ne plus vouloir partir. Quitte à ne plus quitter cet endroit magique. Quitte à vouloir finir leur vie ici même. Et tout de suite. Dernier concert. La fin d'un groupe. La fin d'une histoire. Le début d'une nouvelle.
Après trois rappels enflammés , les garçons quittèrent la scène sous les projecteurs encore allumés. C'était la dernière fois. Chacun , ici , dans cette salle , savait que ce concert était le dernier. Le tout dernier d'une longue et brillante vie d'artiste. Les pleurs fusaient. Les cris faisaient trembler le sol. Ils étaient plus que présents. L'euphorie parfaite. Pour un dernier soir. Parfait. Beaucoup trop parfait. lls avaient le coeur gros. Ces jeunes garçons. Chacun savait que la fin approchait à grand pas. D'immenses pas. Peu à peu , les projecteurs s'éteignaient. Les laissant alors encore brûlant d'avoir trop éclairé quatre exquises personnes. Beaucoup trop éclairés. Ou peut être pas assez. Personne n'osait le dire. Se l'avouer. C'était bel et bien fini. La salle sombrait dans le noir complet. Les gens se bousculaient. Les acclamaient plus qu'il ne fallait. Espérant qu'ils reviennent à un moment ou à un autre. Pourtant , l'espoir était bien faible. Non , ils ne reviendraient pas sur leur décision. Et dire un dernier " adieu " les pourriraient encore plus. Ils ne reviendraient pas non. Pas maintenant. Plus maintenant. Pas encore. Plus encore.
Dans leur loge , ils restaient silencieux. Préférant écouter une dernière fois ces cris stridents provenant d'une salle énorme. Le spectacle se finissait. Il était fini. Juste ce nom crié par des millions de personnes à travers le monde se faisait entendre à chaque étape. Tokio Hotel. Quelle fin atroce quand même . . . Ce nom resterait gravé dans leur mémoire. Fusion parfaite. Leur âme contre une nouvelle vie. Malgré la séparation , ils resteraient amis. Toujours ensemble. N'importe où. N'importe quand. Ils se souviendraient de ce " Wir sterben niemals aus " chanté tant de fois. Leurs chemins se sépareraient un jour ou l'autre. Mais leurs coeurs resteraient unis. A la vie à la mort. Pour toujours. Ensemble . . . Pour toute leur médiocre vie d'avenir. Ce choix, c'était leur liberté. Indépendance suprême. Extase de la célébrité. Tout plaquer. Point culminant du sommet de la fin. Leur terrible et magnifique fin. Oui , c'était fini. Et pour de bon.
Les jumeaux avaient longtemps pensé que leurs amis n'accepteraient pas cette séparation. Pourtant , ils n'en pouvaient plus. Alors à quoi bon lutter. C'était presque avec joie qu'ils se serrèrent la main , tout en se promettant d'attendre le dernier concert pour l'arrêt d'un succès immense. Rupture fatale. Fin d'un rêve. Fin d'une illusion réelle. Ils se séparaient avec le sourire. C'était bien mieux comme ça. Ils étaient bien trop fatigués pour continuer quoi que ce soit. Argument de choc. Raison valable. Personne n'avait protesté. A partir de minuit pile , ils seraient enfin libres. Pour de bon. Bien sûr , ils étaient tristes. La nostalgie faisait place dans leur corps. Mais ils n'arrivaient pas à pleurer. Comme si le rêve ne pouvait se finir. Pas une larme. Ils ne se retenaient pas . . . La réalité ne leur sautait pas aux yeux. Ou du moins , pas encore. Ils s'éclipsaient sans laisser de traces. Même si ce soir était le dernier , ils en rêveraient encore toute leur vie. Comment oublier l'inoubliable ?! Ces dernières années éprouvantes et remplient de gloire. Jamais ils ne les oublieraient. Oh non , jamais. Ils en rêveraient longtemps. Bien longtemps. Beaucoup trop longtemps. A jamais. Pour l'éternité. Leur éternité.
Le retour dans le van fût plus silencieux que d'habitude. Ils ne s'étaient pas attardés dans les loges. La fatigue les rongeait. Mais d'un côté , ils savaient que ce soir , le sommeil ne les emporterait pas. Ils savaient oui. Ce soir , ils avaient tout donné. Vraiment tout. Ils ne parlaient pas. Ils ne se parlaient pas. Tom écoutait son Ipod et Bill se recoiffait dans la vitre. Ils ne disaient rien. Ils ne voulaient rien dire. Le silence les apaisait. Malgré les coups de brosse du chanteur sur ses cheveux lisses. Malgré le son un peu trop fort du guitariste. Malgré le rythme des mains de Gustav sur ses cuisses. Malgré le claquement de doigt de Georg. Oh non , jamais ils n'oublieraient cette soirée. Cette soirée où pour la première fois , ils furent incapables de se regarder. Trop de stress. Trop de culpabilité. Trop d'amour. Trop d'amitié. Trop de peur. Trop de nostalgie. Trop de tristesse. Trop de larmes dans les yeux. Trop d'émotions. Trop de honte. Trop de gêne. Trop d'histoires. Trop de succès. Dans le fond , ils pensaient avoir tout raté. Et Dieu seul sait qu'ils ont étaient bien plus loin que leurs capacités. Ils avaient défié le monde. Ils s'étaient défiés eux même.
Leurs yeux se faisaient lourds. Et se fermaient petit à petit. Ils luttaient contre le sommeil. Et le temps passait incroyablement lentement. Comme si ce jour ne voulait pas se finir. Ils maîtrisaient le temps. Parce qu'au fond , ils regrettaient que ça se termine ainsi. Il ne fallait pas qu'ils s'endorment. Surtout pas. Il fallait rester éveillé. Jusqu'à minuit. Ils se l'étaient promis. Ils auraient bien voulu passer la nuit ensemble. A se repasser les bons souvenirs. Rire et pleurer ensemble. Mais chacun avait peur de demander quoi que ce soit. Ils étaient intimidés. Ça pouvait se comprendre aussi. Ils trouvaient ça trop gamins. Ils avaient grandis. Vite. Peut être trop à leur goût. Ils n'oublieraient jamais les jeunes enfants qu'ils étaient quand ils commencèrent. Ils auraient aimé regarder ensemble l'aiguille de l'horloge. Quand elle se poserait sur le douze. A minuit . . . Dans deux heures exactement. Minuit. Des moments inoubliables. Jamais. Jamais. Ils n'oublieraient . . . Tant de fois , ils se l'étaient dis. Jamais. Mais toute promesse n'est pas respectée. Ils verraient bien. Dans quelques années.
Dans la voiture , ils se regardaient. Sentant le temps se raccourcir à vitesse grand V. Sans rien dire ils s'observaient. Tour à tour. Se détaillant minutieusement. Ils avaient changé. Au fil du temps. Au fil des jours et des années. Cinq ans. Cinq ans que ça durait. Cinq ans à bannir de leur vie. Ne plus s'en rappeler. Pour ne pas trop souffrir. Tout était contradictoire. Ils voulaient. Mais ne voulaient pas. Ils ne se comprenaient pas eux même. Ils ne se comprendraient jamais. Ils ne pleuraient pas. Ils ne pensaient pas à leur avenir. " Leb' die Sekunde " . Surtout ce soir. Et au fur et à mesure que le van s'approchait de la maison des jumeaux , leurs coeurs se serraient considérablement. Mais aucun des garçons ne voulait le montrer. Ils se faisaient froids. Durs. Douleur secrète. Douleur transperçante. Un coup de poignard dans l'âme. Derniers instants. Le temps passait. Vite. Bien trop vite. Cinq ans qu'ils n'avaient pas vu passer. Et pourtant . . . Toute bonne chose à une fin. Ils auraient pû se prendre dans les bras. Mais ils ne le firent pas. Non. Ils avaient trop peur de passer pour des cons. Et c'était bien ça le mot. Des cons. De gros cons. En ce moment même , c'était comme si leurs coeurs n'étaient que glace. De la pierre. Froide. Glaciale. Plongés dans de l'eau affreusement gelée. Tellement gelée qu'ils en frissonnaient.
Quand la voiture se gara devant une grande maison en pierre blanche , un horrible courant d'air se fit ressentir. Un frisson épouvantable. Un frisson qui puait la fin. La fin était proche . . . Bien trop proche. Malheureusement. Ou à contraire. Ils ne se serrèrent pas la main. Ils ne se firent pas la bise. Ils ne se prirent pas dans les bras. Ils ne firent rien. Restant plantés là. Ces gros cons. Tout contact les ferait craquer. Ils le savaient. Et ils ne voulaient pas se quitter. Ils ne voulaient pas finir là. Impossible de reculer. Trop tard. Pas de temps. Plus le temps. Ils étaient tristes. Beaucoup trop tristes. Pas une larme ne coula. Pas encore. Pas pour l'instant. L'instant d'avant. L'instant d'après.
Tom descendit rapidement du van et ouvrit le portail. Il voulait que tout finisse au plus vite. Ses yeux étaient embués. Et il se pinçait les lèvres pour se retenir. Il avait mal. Tout comme ses amis. Ses meilleurs amis. A vie. Bill s'attarda un tantinet. Regardant les deux musiciens dans les yeux. Des yeux qui en disaient long. La souffrance de la séparation. Et la soif de recommencer une nouvelle vie. Peut être meilleure. Ou peut être pas. L'androgyne fit un faible sourire.
Presque hypocrite. Non , il n'avait pas envie de rigoler. Ni de sourire franchement. Il avait bien trop mal. Il voulait pleurer. Juste pleurer. Toutes les larmes de son corps. Bien pire encore. Si seulement . . . Il en avait été capable. Ils avaient du mal à s'avouer que c'était bien terminé. Ils pensaient encore se revoir le lendemain. Ils auraient pût. Mais chacun allait prendre un nouveau chemin. A deux. Ou seul. Oui , comme ils le souhaitaient. Comme ils préféraient. Plus de répétition. Plus d'enregistrements. Plus de plateaux télé. Plus d'albums. Plus de compositions foireuses. Plus de fous rires. Plus de caméras. Plus de projecteurs. Plus de fans. Plus de clips. Plus de soirées. Plus rien. Retour à l'anonymat. Sans vraiment savoir ce qui les attendait au dehors de leur barrière de sécurité. Ils allaient être libres. Pour de bon. Enfin. Comme si le succès s'était écroulé d'un seul coup. Néant total. Trou noir. Château de cartes. Cristal.
Tom attendait son frère sans rien dire. Les mains dans les poches de son sweet. Dix fois trop grand pour lui. Il était sur le pas de la porte et il regardait le sol. Douce contemplation de ses chaussures. Bill , dans le van , tortillait ses doigts dans tous les sens et mâchait son chewing-gum à la fraise , frénétiquement. Il ne savait pas trop quoi dire. Ou comment dire ce qu'il ressentait. C'était indescriptible. Bien plus que ça. Il était au bord des larmes et son menton tremblotait légèrement. Gustav le regardait. Attendrit. Ce petit frère qu'il n'avait jamais eu. Et qu'il n'aura jamais. Nostalgie envahissante. Nostalgie interminable. Personne ne parlait. Au final , Bill renonça et descendit de la voiture aux vitres teintées. Il leur fit un petit signe de la main et tenta de sourire. Rictus douloureux. Rictus fragile. Et d'un pas quelque peu nonchalant , il rejoignit sa moitié. Le dreadé lui tendit la main. Tremblement. Hésitation. Le sourire aux lèvres , Bill attrapa fermement celle ci. Les yeux brillants. Tendresse.
Derrière les vitres noires , Gustav et Georg regardaient attentivement leurs amis. Deux gosses. Deux gamins. Deux frères. Et pire encore. Bien pire encore. Les jumeaux étaient à présent collés l'un à l'autre. Et ils se regardaient dans les yeux. Se regardant longuement. Sans vraiment s'y attendre , Tom vint poser ses lèvres sur celles de son double. Elles s'effleurèrent. Frisson. Vent glacial venu de nul part. Elles se touchèrent. Timidement. Plus sauvagement. Se pressant comme jamais. Bouffée d'air frais. Férocement. Tom poussa la porte d'un main et tira son frère à l'intérieur. Sans défaire le baiser. Contact léger. Loin d'être absurde et irréfléchis. Quand les amants s'engouffrèrent dans la maison , le van démarra. Le batteur et le bassiste ne disaient rien. Ils n'étaient pas choqués. C'était . . . Presque normal. Presque anormal . . . Le trajet allait être silencieux. Bien trop silencieux.
La porte se referma et les lumières s'allumèrent. La maison était déserte. Pas un bruit. Rien. Juste peut être le tic - tac de l'horloge du salon. Le feu crépitait un tout petit peu dans la cheminée et les volets étaient impeccablement fermés. Le noir complet au dehors. Tom traînait dans la cuisine , une canette de coca à la main et un gâteau dans le bouche. Bill s'occupait de ranimer le feu. Ils étaient tout de même bien silencieux. Le retour à la réalité se faisait peu à peu. Toujours. Toujours ils se souviendraient de ce moment là. Ce moment où ils se sentaient seuls plus que jamais. Le monde autour d'eux se dissipait. Au fur et à mesure. L'usure de la célébrité les avait rendu plus vulnérable. Ils n'avaient plus envie de dormir. Tom traversait la maison. Scrutant chaque pièce de la maison. Ne les reconnaissants presque pas. Il se demandait depuis quand il n'avait pas mis les pieds dans la chambre de ses parents. Des mois. Des années. Oui , c'était bien ça. Il ne se rendait compte de rien. Dans la cuisine , Bill lisait le mot accroché sur le frigo. Ce n'était pas un mot en fait. C'était plus tout un gribouillis qu'autre chose. Saloperie. Pas un mot gentil. Juste une phrase plutôt sèche. " A ce soir ".
Quelques lettres absurbes qui pourtant comptaient énormément. Qui comptaient plus que tout. Il y a quelques années . . . Déjà . . . Il y a cinq ans , la famille était un tout. Un moyen d'oxygéner sa personne pour recommencer à vivre. C'était un échappatoire. Un moyen de survivre dans un monde qui n'en vallait pas la peine. Une bulle d'amour et de sécurité. Juste ça. De la tendresse. De l'amitié. Bien plus que ça. Elle était toujours là pour que tout aille parfaitement bien. Pour que rien ne dérape. Que la vie soit s'en doute plus vivable. Elle était là dans les meilleures moments. Comme dans les pires. Quand il fallait. Oui. La famille écrivait. Puis ils répondaient. Ils téléphonaient. Elle parlait. Longtemps. Du quotidien. Des problèmes divers et variés. Oui , elle était là pour tout et n'importe quoi. Ca allait. Seulement si elle allait bien et qu'eux aussi. Ils se rencontraient. Jamais très longtemps mais assez pour redonner le sourire. Un immense sourire. Ca faisait du bien. Tellement de bien. Puis au fil du temps , les lettres manuscrites se firent plus rares. Les coups de fils moins fréquants. Les discutions face à face inexistantes. Tout s'écroulait. Et sans vraiment s'en rendre compte , Bill et Tom creusaient un fossé entre leur famille et eux. Elle n'était plus présentes. Idem pour eux. Ils ne regrettaient pas. Mais parfois , ils en auraient eu bien besoin. De leur chez eux . . . Leur terrible chez eux . . .
Alors qu'il réfléchissait. Devant ce frigo blanc comme neige avec seulement un post-it rose saumon collé dessus , l'androgyne tourna le dos. D'un reflex humain il alla ouvrir le placard sous l'évier. Sortant alors la tasse rouge et noire dans laquelle il buvait tant de fois. Au moins , ils n'avaient pas jeté tous leurs souvenirs. Il prit une cuillère , un pot de miel trouvé sur le plan de travail et un sachet de thé aux fruits rouges. Il voulait décompresser. Ce soir , c'était le jour des adieux. Il remplit sa tasse avec de l'eau. A raz bord. Une secousse et tout se déversait sur la table. Il fit bien attention. Éviter la catastrophe. Dans tout les cas , ça aurait pû être pire. D'un geste maladroit il fit glisser le récipient le long du marbre beige. Histoire qu'il arrive jusqu'au micro onde sans rien renverser. Doucement. Tout doucement il fallait qu'il y arrive. Il pensait trop quand même. Ses membres tremblaient légèrement et sa respiration se coupait de temps en temps. La maison était bien trop calme. Il aurait mieux fait de rester là bas. Sur scène. Une dernière fois se sentir envahit par la peur et l'adrénaline. Il trouvait qu'il n'avait pas tout donné. Pourtant , c'était bien le contraire. Il s'était épuisé. Pour lui. Pour le groupe. Pour son public. Son cher public. Son plus grand amour. C'était bien pour eux qu'il passait tant de temps à travailler. S'acharner pour devenir encore plus parfait. Se battre pour prouver qu'il pouvait réussir un objectif. Il était parfait. Tout le monde le savait. Il changeait. Il grandissait. Au fur et à mesure que le groupe montait l'échelle de la gloire. Ils se trouvaient parmi les plus grands. Mais il savait bien. Il savait bien qu'il ne le méritait pas. Trahison. Désespoir. Tant de fois il avait failli abandonner. Et c'était maintenant ce soir là qu'il en prenait conscience. Oui , c'était bientôt fini.
Alors que son eau chauffait , deux mains se posèrent sur ses hanches. Ses hanches fines et fragiles. Frêles au fil du temps. Temps trop long. Temps trop loin. Temps présent et temps futur. Il se mélangeait. Tom soufflait doucement dans la nuque de son jumeau. Provoquant à celui ci des frissons exquis. Dans un soupir presque inaudible , Bill se lamentait. Ce n'était pas le bon jour appariement. Le guitariste posa son menton sur l'épaule de Bill et embrassa son cou. Tendrement. Le brun ferma les yeux. C'était trop bon. Juste une pointe d'attention et d'amour. Ça lui suffisait amplement. Pendant de longues minutes ils restèrent ainsi. Dans les bras l'un de l'autre. A savourer les secondes. Ils étaient seuls. Ils n'avaient même pas prêté attention à la sonnerie retentissante du four à micro - onde. Ils s'en foutaient éperdument.
L'heure approchait. Ils le sentaient. D'un commun accord , leur regard se tourna vers la petite pendule accrochée au dessus du frigo. L'aiguille s'aventurait dangereusement vers le douze. Ce douze si redoutait. Jamais ils n'avaient eu aussi peur. Jamais ils n'avaient été aussi nostalgique à l'approche d'une heure fatidique. Aujourd'hui , ils tremblaient de trouille. Qu'est ce que leur réserverait demain ?! Et après demain ?! Et le temps qui suivra . . . Encore et encore. Ils avaient bien cette idée. Cette idée qui leur rongeait l'esprit. Mais à quoi bon en parler à quelqu'un . . . Personne ne comprendrait. Personne ne voudrait comprendre leur besoin de bonheur . . . Ils attendraient. Ils attendraient le moment venu. Qui sait , peut être ce soir. Si jamais . . . Un bruit sonore se fit entendre. Minuit pile. Pas une seconde de plus. Ni une seconde de moins. Minuit à tout casser. Bill serra son frère dans ses bras. C'était fini. Bel et bien fini.
- Maintenant je te promet , que c'est nous et rien que nous. s'exclama Tom.
L'ex chanteur ferma les yeux. Il sourit. Aussi bien extérieurement , intérieurement. Nouvel espoir. Soulagement. Maintenant , ils resteraient tous les deux. A jamais. Pour toujours. Éternellement. Et ils s'en souviendraient. De cette promesse. Cette véritable promesse. Elle hanterait leur vie. Leur amour. Oui. Rien que tous les deux. Comme s'ils gouvernaient le monde. Ensemble. Sans jamais se séparer. Ni se croiser. Ils étaient un. Ils étaient deux.
[ . . . ]
Gustav se retournait dans ses draps depuis plus d'un heure. Il était rentré chez lui vers une ou deux heures du matin. Les yeux débordants de larmes et extrêmement fatigué. Complétement achevé par la soirée. Par la journée. Par toutes ces années sans vraiment de repos. Il était exténué par tant de changements. Tout s'arrêtait d'un coup. Il en prenait conscience petit à petit. Mais il ne voulait pas y penser. Sans un bruit il était partit se coucher. Bien au chaud. Eviter de croire qu'un jour ils recommenceraient. Mais il en rêvait. Il en rêvait tellement qu'il se faisait de faux espoirs. Il était bien le seul à être de cet avis. Le seul à ne pas vouloir arrêter. A ne pas vouloir achever une histoire aux multiples contes. Des contes qu'il raconterait plus tard. Pour faire rêver les gens. Pour se faire rêver lui même. Pour ne pas oublier l'essentiel. Pour ne pas négliger le passé. Pour vivre et revivre des moments merveilleux. Mais à chaque fois , il pleurerait. A chaudes larmes. Il pleurerait pour exprimer son chagrin. Ce chagrin si grand . . . Mais maintenant il souhaitait dormir. Même si le sommeil ne le gagnait pas. Il ne sombrait pas. Tout simplement parce que les images revenaient se coller à son esprit dès qu'il fermait les yeux. Ses grands yeux bruns remplient de larmes. Des larmes qui ne coulaient pas. Qui ne voulaient pas couler. Rouler. S'éffondrer.
Il enlevait parfois sa couverture. Pour la remettre aussitôt. Sentant un frisson le parcourir à chaque fois que l'air entrait en contact avec sa peau nue. Il baillait et faisait craquer son cou. Craquer son coeur. Il ne savait pas trop ce qu'il voulait en fait. Il ne savait pas s'il allait dormir. Ou s'il allait attendre là. Assit dans son lit. Attendant que l'épuisement le rattrape. Il ne savait pas non. Il ne pensait pas. Il pensait trop. Sans vraiment le décider , il se leva de son lit. Le contraste du froid et du chaud se fit alors ressentir. La différence de température était bien flagrante. Mais il resta en boxer. Quand sa main se posa sur la poignée de porte , il dût prendre une immense bouffée d'air. Comme s'il sortait dehors , il allait forcément manquer d'oxygène. Il marchait en titubant. Ses yeux se fermants au fur et à mesure. Il était crevé. Mais il faisait tout pour tenir encore debout. Il avait soif. Il fit bien attention dans les escaliers. Il s'arrêtait de temps à autres. Il ne devait surtout pas tomber. Les escaliers craquaient sous ses pieds à chacun de ses pas. Ils n'étaient pourtant pas lourds. Mais plutôt titubant. Il marchait avec difficulté. Ayant du mal à s'habituer à l'étrange obscurité qui régnait dans la maison. Il s'accrochait fermement à la rambarde en bois et prenait appui sur le mur d'à côté. Il hésitait où poser les pieds. Il ne savait pas s'il y avait du vide en dessous ou toujours les marches. Il était pieds nus et il ressentait le parquet abimé. Si il ratait une marche. Il était fichu.
Quand on descendait , on pouvait apperçevoir une lucarne sur le mur d'en face. On ne voyait pas très bien mais assez pour espionner le monde au dehors. Gustav scruta l'allée du jardin par la petite fenêtre. Le ciel était légèrement voilé et la lune paraissait plus grosse que d'habitude. L'ancien batteur des Tokio Hotel en avait la gorge nouée. Ce soir , il l'imaginait tellement parfait. Ce ciel était le même que celui ci d'il y a quelques jours. Exactement le même. Pas un défaut. Pas une qualité en plus. La même température. Tout était identique. Le soir où Chloé s'en alla , le temps était pareil . . . Le couteau de se remuait dans son coeur. Agrandissant la plaie déjà béante. Profonde coupure. Ouverture. Les nuages couvraient le ciel. Exprimant son état d'âme sans lire en lui. Le temps à son image. A ses images. La lune était presque pleine et on avait l'impression qu'elle était plus proche de la terre. Peut être était - ce le cas. Ou peut être pas. Secrètement , Gustav espèrait voir sa soeur franchir le portail. Une nouvelle fois. Une dernière fois. Le pardonner. Se pardonner. Mais il savait bien que ses chances étaient très faibles. Il savait qu'elle ne reviendrait pas. Qu'elle ne reviendrait plus. Qu'elle ne pouvait pas. Qu'elle ne pouvait plus. Alors peut être la rejoindrait il. Mais il rêvait trop. Toujours en secret. Il refoulait ses larmes. Elles menaçaient de couler. Arrêter de penser à ça était primordial. C'était dangereux pour son moral. Pour sa santé.
Quand il passa la porte de la cuisine , il remarqua une silhouette féminine au fond de la pièce. Ce n'était pas Julia. Ni sa mère. Quelques secondes son coeur s'emballa. Il espèrait. Il rêvait les yeux ouverts. Comme dans un contes de fées. Iréalité extrême. Et si c'était Chloé ?! Que ferait - il à ce moment ?! Deux jours qu'il envisageait l'impossible. Mais pourtant , tout est possible. Quand on veut. On peut. Et quand on peut. On espère. Il le faisait. S'accrochant à ses espoirs et à ses rêves. Les plus secrets , les plus lointains. Il rêvait. Et si c'était vraiment elle ?! Il fallait qu'il arrête. Il fallait qu'il reprenne une vie normale. Oublier sa soeur et reconstruire une vie. Une vie meilleure. Sans elle. Sans eux. Sans lui . . . Ca le tuait. Le rongeait au plus profond de lui même. Sentant une présence dans la salle , l'inconnue se retourna. Pas un seul mouvement de recul. Ni un sursaut de surprise. Comme si sa venue à lui était programmée depuis bien longtemps. En regardant un peu mieux , Gustav pût reconnaître les cheveux châtains au reflets blonds de Louise.
Il enlevait parfois sa couverture. Pour la remettre aussitôt. Sentant un frisson le parcourir à chaque fois que l'air entrait en contact avec sa peau nue. Il baillait et faisait craquer son cou. Craquer son coeur. Il ne savait pas trop ce qu'il voulait en fait. Il ne savait pas s'il allait dormir. Ou s'il allait attendre là. Assit dans son lit. Attendant que l'épuisement le rattrape. Il ne savait pas non. Il ne pensait pas. Il pensait trop. Sans vraiment le décider , il se leva de son lit. Le contraste du froid et du chaud se fit alors ressentir. La différence de température était bien flagrante. Mais il resta en boxer. Quand sa main se posa sur la poignée de porte , il dût prendre une immense bouffée d'air. Comme s'il sortait dehors , il allait forcément manquer d'oxygène. Il marchait en titubant. Ses yeux se fermants au fur et à mesure. Il était crevé. Mais il faisait tout pour tenir encore debout. Il avait soif. Il fit bien attention dans les escaliers. Il s'arrêtait de temps à autres. Il ne devait surtout pas tomber. Les escaliers craquaient sous ses pieds à chacun de ses pas. Ils n'étaient pourtant pas lourds. Mais plutôt titubant. Il marchait avec difficulté. Ayant du mal à s'habituer à l'étrange obscurité qui régnait dans la maison. Il s'accrochait fermement à la rambarde en bois et prenait appui sur le mur d'à côté. Il hésitait où poser les pieds. Il ne savait pas s'il y avait du vide en dessous ou toujours les marches. Il était pieds nus et il ressentait le parquet abimé. Si il ratait une marche. Il était fichu.
Quand on descendait , on pouvait apperçevoir une lucarne sur le mur d'en face. On ne voyait pas très bien mais assez pour espionner le monde au dehors. Gustav scruta l'allée du jardin par la petite fenêtre. Le ciel était légèrement voilé et la lune paraissait plus grosse que d'habitude. L'ancien batteur des Tokio Hotel en avait la gorge nouée. Ce soir , il l'imaginait tellement parfait. Ce ciel était le même que celui ci d'il y a quelques jours. Exactement le même. Pas un défaut. Pas une qualité en plus. La même température. Tout était identique. Le soir où Chloé s'en alla , le temps était pareil . . . Le couteau de se remuait dans son coeur. Agrandissant la plaie déjà béante. Profonde coupure. Ouverture. Les nuages couvraient le ciel. Exprimant son état d'âme sans lire en lui. Le temps à son image. A ses images. La lune était presque pleine et on avait l'impression qu'elle était plus proche de la terre. Peut être était - ce le cas. Ou peut être pas. Secrètement , Gustav espèrait voir sa soeur franchir le portail. Une nouvelle fois. Une dernière fois. Le pardonner. Se pardonner. Mais il savait bien que ses chances étaient très faibles. Il savait qu'elle ne reviendrait pas. Qu'elle ne reviendrait plus. Qu'elle ne pouvait pas. Qu'elle ne pouvait plus. Alors peut être la rejoindrait il. Mais il rêvait trop. Toujours en secret. Il refoulait ses larmes. Elles menaçaient de couler. Arrêter de penser à ça était primordial. C'était dangereux pour son moral. Pour sa santé.
Quand il passa la porte de la cuisine , il remarqua une silhouette féminine au fond de la pièce. Ce n'était pas Julia. Ni sa mère. Quelques secondes son coeur s'emballa. Il espèrait. Il rêvait les yeux ouverts. Comme dans un contes de fées. Iréalité extrême. Et si c'était Chloé ?! Que ferait - il à ce moment ?! Deux jours qu'il envisageait l'impossible. Mais pourtant , tout est possible. Quand on veut. On peut. Et quand on peut. On espère. Il le faisait. S'accrochant à ses espoirs et à ses rêves. Les plus secrets , les plus lointains. Il rêvait. Et si c'était vraiment elle ?! Il fallait qu'il arrête. Il fallait qu'il reprenne une vie normale. Oublier sa soeur et reconstruire une vie. Une vie meilleure. Sans elle. Sans eux. Sans lui . . . Ca le tuait. Le rongeait au plus profond de lui même. Sentant une présence dans la salle , l'inconnue se retourna. Pas un seul mouvement de recul. Ni un sursaut de surprise. Comme si sa venue à lui était programmée depuis bien longtemps. En regardant un peu mieux , Gustav pût reconnaître les cheveux châtains au reflets blonds de Louise.
- Qu'est ce que tu fais là ? demande le blond d'un air détaché.
- Rien. J'ai soif.
Elle se retourna vers l'évier et remplit un verre d'eau. Elle le bû d'un traite. Sans respirer. Sans avaler. Tout d'un coup. Le jeune garçons fit comme si de rien n'était. Il l'ignorait. Elle n'était pas là. Il fallait l'avouer , il ne l'aimait pas. Il détestait tout chez elle. Ses manières. Son language. Ses mouvements. Son état d'esprit. Ses fréquentations. Tout. Jusqu'à venir haïr ses proches sabs les connaître. Il se trouvait pathétique. Mais elle l'était encore plus. Louise était différente de toutes les filles de son âge. Elle était exactement comme Julia. Peut être même trop semblable à elle. Toujours des idées dans la tête. Bonnes ou mauvaises. Il n'aimait pas ça. Il éprouvait un parfait dégoût pour ces gens là. Pour ces deux personnes. Surtout.
Alors qu'il avançait vers le frigo , la brunette se retourna vivement et s'approcha de lui à pas lents. Par reflex , il reculait à chaque pas qu'elle faisait. Non. Il n'avait pas peur. C'était bien pire que ça. Il tremblait de trouille. Devant affronter son regard plein d'étincelles. Elle passait sa langue sur ses lèvres sèches. Les humidifier. Il reculait tellement qu'au bout d'un moment , il fût coincé contre le mur. Prit au piège. Un terrible piège. Aux mains d'un fille qu'il détestait. Qu'il n'aimerait jamais de sa vue. Qu'il haïrrait encore bien longtemps. Il lui en voulait d'avoir débarqué dans sa vie. Ici. Chez lui. Elle avait rejoins Julia. Il était impuissant face à elles. Elles dominaient chaque pièce de la maison. Son territoire. Il ne pouvait plus admettre que c'était le sien. Sa maison n'était plus à lui. Il n'habitait pas ici. Il n'habitait plus ici. Il ne voulait plus. Il ne pouvait plus. Son coeur battait extrêmement vite. Au fur et à mesure qu'elle se rapprochait , la peur brouillait ses yeux. La haine s'emparait de lui. Mais seulement son regard restait expressif. Louise mordillait sa lèvre inférieure et clignait des cils.
- Alors comme ça on se jette dans les bras du premier venu parce qu'on est en manque de cul ?! s'exclama Gustav les yeux pleins de haine.
- Non. Je t'apprendrais que baiser le grand Gustav Schäfer ne m'intéresse pas.
Un sourire moqueur ornait son visage. Son visage aux traits fins et réguliés. Aucune imperfection. Rien d'anormal. Cette fille était tout simplement parfaite. A l'extérieur. Bien sûr. Sinon , elle débordait de défauts. Les pires défauts du monde. Malgré sa tendresse et son amour envers sa meilleure amie. Elle regorgeait de violence , d'amour pour elle même. De dépendance pour la drogue et l'alcool. Et même si elle ne l'admettait pas , elle en était accro. Elle avait plongé dans un tourbillon infernal. Elle n'en ressortirait jamais. Il fallait bien l'avouer. Oh grand Dieu. Si tout le monde le savait , comme elle se haïrrait.
- Alors pourquoi tu me coinces contre le mur ?!
- Parce que moi, je veux faire une partie de jambes en l'air avec le méchant Gustav . . .
Ses propos restaient inscrits dans la mémoire du jeune homme. Ils n'étaient pas choquants. C'était bien plus que ça.
P . o . v . L o u i s e
Je ne savais pas trop comment m'y prendre. Malgré le désir qui me brûlait de vouloir lui faire du mal, je voulais à tout prix bien réussir. Apprécier. Savourer. Gustav Schäfer . . . Ce cher batteur. Ce mec qui fait baver les filles. J'aimerai . . . Juste une fois. Goûter ses lèvres. Je le tenais fermement par les poignets, le collant bien au mur froid. Il avait la chair de poule. Quasiment nu. A découvert. Mes doigts glissaient le long de ses bras, pour revenir empoigner ses mains chaudes. Je penchais ma tête et avançait dangereusement. J'étais dangereuse. Tout le monde le savait.
Tout le monde en avait conscience. De la à m'eviter...Non.Personne ne m'evitait parce que tout le monde me voulait.Me tester.Juste une fois.Moi.Prendre des risques.Mais le jeu en vallait la chandelle. & sa aussi,ils le savaient.
Mes lèvres éffleurèrent les siennes. Doucement. Je ne voulais pas tout gâcher, quand même. C'était juste un petit contact. Pas un baiser fougeux et amoureux. Jamais il ne serait amoureux de moi. Et jamais je ne céderai sous ses beaux yeux. J'étais fière. J'avais la tête haute. Et je ne la baisserai jamais. Quand je me décolla un peu de lui, je vis dans ses yeux une lueur que je ne connaissais pas. De la peur et du désir. Des étincelles. Bonnes ou mauvaises ?! Aucune idée.
Je ne voulais pas savoir.Je ne faisais pas sa pour lui.Pas pour moi.Vengeance.Amere.Je veux qu'il paie le prix de ses erreurs.Il a blessé,torturé,maltraité ma meilleure amie.& il croit que je vais me donner a lui,comme sa?Soumise,comme toutes les autres?Il a oublié un detail.Trop important pour etre mis a l'ecart.Je ne suis pas fan de lui.Je ne suis pas une groupie en chaleur.Dommage pour lui.
Plus sauvagement je me jetta sur lui. Dévorant ses lèvres. Les mordillant légèrement. Forçant le passage pour méler nos langues. Les faire danser. Encore et encore. Sans éprouver un seul sentiment amoureux. Je ne l'aimais pas. Il ne m'aimait pas. C'était bien mieux comme ça. J'étais indifférente. Mes mains glissaient le long de son corps musclé. Tellement musclé. J'en avais par moment des frissons. Nos baisers s'appronfondissaient au fil des minutes. Je ne le laissais pas respirer. En manque de cul ?! Sûrement.
Depuis que j'etais chez Julia,je n'avais pas eu le temps.Trop de temps perdu.Rattraper sans erreurs.Ce n'est pas faute d'avoir eu des propositions.Mais non.Ne pas céder.Ne jamais céder.Depuis le debut,j'avais tout preparé.& subir un manque pour mieux faire subir Gustav,c'etait une des idées principales.Je ne devrai pas le dire.Mais je le pense trop fort.Mon plan est parfait.
Mes mains passèrent dans son boxer. Il eut un mouvement de recul. Mais il était coincé. Ses lèvres parcouraient mon cou. Il mordillait mon lobe. Il suçait ma peau. Et moi je ne pouvais que soupirer. Tellement de violence. Mais tellement de tendresse. Parce qu'on respecte une femme et qu'il l'a bien compris.
Surtout moi.Il sait qu'un faux pas & il regrettera.Il a appris a me connaitree.Intransigible.Même avec lui.
Sans m'y attendre, ses mains empoignèrent mes cuisses et les souleva pour que je les enroulent autour de sa taille. Je ne bronchais pas. Je faisais. Il agissait. Il me porta jusqu'au plan de travail et je m'assis dessus. On s'embrassait. Jamais, oh non jamais, je n'avais embrassé quelqu'un comme ça. Trop de sauvagerie dans mes gestes. Trop de violence. Trop de désir. Je ne dirais pas que cette soirée fût la meilleure de ma vie. Mais je peux dire que je m'étais vengée. Sans avoir fini quoi que ce soit. J'avais réussi. Son point faible, je le tenais dans mes mains. Son coeur, je pouvais l'avoir quand je le voulais. Quand je le souhaitais. Soumis. Entièrement à moi. Ce soir, j'ai baisé avec le batteur des Tokio Hotel. Et je peux vous dire, qu'il l'a bien mériter.
Est ce qu'il se rend compte?Peut-etre pas.Pas maintenant.Pas tout de suite.Mais bien assez vite.Quand il saura que je dors dans la piece d'a côte.Qu'il pourrait me prendre mais que je refuserais.& il souffrira.J'espere.Je pense.J'en suis sure.& J'aurais reussi.Tout.Formidablement bien. Oh oui,je suis fiere de moi,& il y a de quoi.
F i n P . o . v . L o u i s e
Gustav finit la nuit sur le canapé. Il ne dormait pas vraiment. Mais il faisait semblant. Il ne cachait pas son dégoût. Son dégoût pour lui même. Pour son hatitude. Pitoyable. Bien pire que ça. La nuit . . . Il la passa à pleurer.
[ . . . ]
- Bill ?! Qu'est ce que tu fais encore ?!
La voix provenait du hall d'entrée. Aucune lumière de la maison n'étaient encore allumées. Seulement le rayon de lune traversait les carreaux de la cuisine. Tom portait un grand sac sur son dos et tenait en main une bouteille d'eau pleine. Il marchait. Traversait la maison de long en large. L'arpendant vivement. La regardant. L'observant. Une dernière fois. Une toute dernière fois. Bill était assis sur une chaise de la cuisine. Il écrivait. Un petit mot. Pas très long. Jusque deux ou trois phrases. Pas quelque chose de fabuleux. Mais d'assez clair. Oui , pour ce genre de mot , il fallait être clair. Un sac était posé à ses pieds. Il semblait prêt à craquer. Le brun n'avait pas mis de maquillage. Il ne l'avait pas emporté. Il en acheterait sur la route avait - il affirmé. Aprés tout , c'était son choix. Personne ne pouvait décider à sa place. Tout le monde le savait bien. Tom l'observait. Sans un bruit. Sans un mot. Tout n'était que silence. Sauf le bruit de la mine de stylo griffonner le papier blanc. Il avait dessiné deux petits coeurs à la fin et avait écrit son prénom en lettres caligraphiées. Il s'était appliqué. Pour ce dernier mot. Pour leur dernier mot. Dernier contact avec leurs parents. Dernier contact humain. Maintenant , ce soir , ils étaient seuls. Seuls et deux.
- Voila. J'ai fini !
- Montre moi ça.
Bill tendit le papier à Tom. Celui ci commença alors à le lire à voix haute. Sa voix s'évanouissant par moment.
" Papa , Maman. Nous savons que nous n'avons pas été très présents ces derniers années.
Aujourd'hui , on aurait voulu profiter de vous. Mais vous n'êtes pas là.
Nous savons bien que vous allez rentrer dans quelques heures , mais pour Tom et Moi , le temps presse.
Ce soir , nous partons quelque part. On sait où. Mais on ne préfère rien vous dire.
On vous enverra une carte. On verra.
A bientôt. Vos enfants chéris. "
Aujourd'hui , on aurait voulu profiter de vous. Mais vous n'êtes pas là.
Nous savons bien que vous allez rentrer dans quelques heures , mais pour Tom et Moi , le temps presse.
Ce soir , nous partons quelque part. On sait où. Mais on ne préfère rien vous dire.
On vous enverra une carte. On verra.
A bientôt. Vos enfants chéris. "
Sans un bruit ils sortirent dehors. Fermant la maison à clé et laissant leur trousseau sous le paillasson. Ils n'en auraient plus besoin maintenant. Ils furent silencieux tout le trajet. Marchant. Courant. Se reposant de temps à autres. Mangeant. Ils étaient épuisés. Encore un peu plus de neuf cent kilomètres. A pieds. En stop. En bus. Ils allaient tout essayer. Arriver plus vite. Pour ne pas se faire arrêter. Ils savaient bien que leurs parents seraient contres. Dans une rivière , ils jettèrent leurs portables. Ils en rachèteraient. Pas de problème pour ça. Ils n'étaient pas trop tendus. Mais assez pour ne pas parler. Leurs sacs devenaient de plus en plus lourds. Au fil des heures. Des heures qui paraissaient des mois et des semaines interminables. Ils avaient de nombreuses courbatures et étaient épuisés. Mais ils ne s'arrêtaient pas. Ils n'avaient pas le temps. Plus le temps.
[ . . . ]
- Bill , tu es sûr qu'on est arrivé ?! s'exclama Tom.
- Oui. Regarde le panneau là bas. C'est marqué en gros. cria Bill en pointa sa carte vers l'affreux panneau rouge et blanc qui bordait la route.
- Alors si on dépasse cette ligne blanche , on y est ?!
- Je te dis que oui ! Tu n'as rien dans la tête ma parole.
- Pardon . . . Tom baissa la tête. On y va ensemble alors ?
L'androgyne sourit. Et attrapa la main de son jumeau. Ensemble , ils franchirent en même temps la ligne. Ils étaient enfin en France.


